L’intérêt de la Communication non-violente dans le milieu de défense et de libération des animaux

La Communication non-violente ou CNV est un outil de communication complexe, qui a pour but de résoudre des situations conflictuelles entre deux ou plusieurs interlocuteurs. La CNV a un intérêt dans toutes les situations relationnelles, familiales, amicales, entre collègues qui peuvent être conflictuelles, et également dans la rue lors d’actions de tractage par exemple. Dans un premier temps, il s’agira de voir en quoi la CNV peut avoir son utilité dans le mouvement de libération animale (et également en dehors). Dans un second temps, la méthode D.E.S.C. de la CNV sera développée pour pouvoir la comprendre dans son ensemble et l’appliquer au mieux par la suite.

En écrivant cet article, nous partons du principe qu’il n’est pas nécessaire de blesser quelqu’un.e physiquement pour qu’il y ait violence. En effet, même les mots peuvent être empreints de violence.

Pourquoi est-il intéressant de pratiquer la CNV dans le milieu de défense et de libération des animaux ? (Et également en toutes circonstances)

Parce que, selon moi, le discours végane et antispéciste doit être adressé sous le signe de la compassion et de la bienveillance, la CNV a donc tout son intérêt dans la cause animale. Par ailleurs, le véganisme est un mouvement de justice mû par la compassion elle-même, quoi de plus logique que de le véhiculer par ce qui le motive ? En effet, nous voulons œuvrer pour un monde juste, bienveillant et respectueux envers chaque individu. Cette manière de communiquer qu’est la CNV est un moyen de tendre vers un tel monde.

En premier lieu, il s’agit d’être bienveillant.e et non-violent.e entre membres et militant.e.s du mouvement. Tout simplement pour que cette cause continue d’exister dans une bonne « ambiance », afin également d’éviter toutes frustrations pouvant naître d’une communication finalement malsaine, car parfois jugeante, parfois dénigrante envers certain.e.s.

Brigitte Gothière, cofondatrice et porte-parole de l’association L214, dans son discours pour la 6e édition de la Marche pour la Fermeture des Abattoirs de Paris qui s’est déroulée le 10 juin 2017, invitait à juste titre à une unification du mouvement. Et comment mieux être ensemble qu’en se respectant dans nos discussions et dialogues.

Voici un extrait de ce discours (la version complète est disponible ici) :

« Les exploiteurs d’animaux, les lobby, aujourd’hui si puissants, rêvent de nous voir nous déchirer. Ne leur laissons pas cette joie, ne gaspillons pas notre énergie inutilement. Construisons un mouvement fort, non violent, bienveillant, accueillant les bonnes volontés. »

En second lieu, il s’agit d’appliquer la bienveillance et la non-violence avec le grand public.

Comme le démontre un certain Brocoli concentré, dans l’un de ses articles établissant l’utilité des réformes des conditions de vie et d’abattage des animaux, le grand public est varié et la diversité du public justifie la diversité des approches. Dans son article, ce qui m’aura le plus frappé, c’est la photographie de cette petite fille lisant un tract de la Marche pour la Fermeture des Abattoirs. Là où un discours agressif et culpabilisant ne touchera qu’une minorité du public, un discours bienveillant et non-violent, quant à lui, touchera un nombre plus grand. C’est d’ailleurs ce qu’Antigone XXI nous fait remarquer dans son article sur « 5 erreurs à éviter quand on défend les animaux » :

« les campagnes non-violentes ont plus de chance de voir leurs revendications aboutir que les campagnes violentes. »

En effet, il semble difficilement imaginable de conscientiser les individus par des messages culpabilisants envers eux. Il n’y a rien à faire, un discours violent ne donne pas envie d’être écouté. Les passants ne sont généralement pas ou peu réceptifs, or c’est ce dont nous avons besoin pour les informer au mieux.

Notons également une certaine récession de violence sur l’internet : d’aucuns se rappelleront l’histoire sordide de cette jeune bouchère mettant en scène le corps mort d’un cochon de lait pour promouvoir son « métier » il y a quelques mois ; et aujourd’hui, c’est au tour du chasseur ayant tué un cerf qui s’était réfugié dans un jardin privé. Dans les deux cas, ces deux individus, parce qu’ils ont en commun à leur actif la réalisation d’actes que nous ne cautionnons pas, ont reçu un nombre élevé de menaces de mort. Outre ces menaces, on peut également constater d’autres types de communication violentes, notamment lorsque certain.e.s souhaitent aux individus oppressant.e.s quelque chose de pire que la mort,  tel que le sida. Non seulement, c’est discriminant pour les personnes réellement atteintes par cette maladie, mais surtout c’est incroyablement violent d’oser souhaiter cela à quelqu’un.e.

La question à se poser dans ce cas-ci est la suivante : est-ce que cela fonctionne vraiment ? Ces personnes, et toutes les autres formatées par un système insensible à tous les individus confondus, vont-elles réellement vouloir changer après de tels discours à leur égard ?

Par ailleurs, vouloir souhaiter la mort et la maladie, est-ce véritablement les valeurs que le véganisme et l’antispécisme prônent ? Sont-ce réellement les valeurs que, en tant que végane, pour le bien-être et la libération animale, nous voulons véhiculer ?

Communiquons positivement !

Au contraire, informer objectivement et avec le sourire a plus de chance d’aboutir à une convergence avec l’interlocuteur et moins à braquer celui-ci. D’expérience, il est toujours possible de faire d’horribles rencontres lors d’actions de tractage, mais également de rencontres magnifiques. Et généralement, le dialogue se déroule toujours mieux lorsque celui-ci est amené positivement.

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Tractage lors de la 3e édition de la Marche pour la Fermeture des Abattoirs de Bruxelles, le 11 juin 2017.

 

Comment pratiquer la CNV ? dans et hors du mouvement de libération animale

La CNV a été développée à l’origine par Marshall B. Rosenberg dès les années 1970, et largement diffusée aujourd’hui par son livre Les mots sont des fenêtres (ou des murs). Introduction à la communication non-violente.

Par son honnêteté, cette manière de communiquer m’a conquise.

La CNV fonctionne selon la méthode du D.E.S.C. qui est découpée en 4 étapes :

  • D = Décrire les faits

Il s’agit de décrire ces faits de manière objective, sans jugement ni exagération. Cette phase d’observation s’oppose à une évaluation de la personne.

  • E = Exprimer nos émotions

Et cela, par rapport aux faits. Attention néanmoins ! L’émotion ou le ressenti devront être tournés vers le comportement de la personne, et non vers la personne elle-même ! Il est préférable également d’utiliser le pronom personnel « Je » et non plus le « Tu » ou le « On »; qui sont accusateurs et risquent d’agresser l’interlocuteur.

  • S = Spécifier des solutions

C’est l’étape où il faut apporter des solutions pour aider à améliorer la situation. Proposer le végétalisme et le véganisme dans ce cas-ci, bien sûr, et donc espérer la fin de l’exploitation animale.

  • C = Conséquences et conclusions

D’une part, on peut donner les conséquences négatives et les inconvénients si le problème n’est pas résolu. D’autre part, et c’est le plus important, il s’agit finalement de donner les conséquences positives des solutions. C’est le moment où l’on se met à rêver de l’effondrement du système capitaliste qui broie sans distinction animaux non humains et humains.

Au final, appliquer la CNV dans le milieu animaliste et notamment lors de distribution de tracts avec le grand public est utile car cela permet d’informer objectivement sur les conditions actuelles de vie et d’abattage des animaux. Et si les informations sont amenées de manière objective, il est plus facile pour l’interlocuteur d’exercer son esprit critique et d’être ouvert au discours antispéciste.

Bien sûr, les images de souffrance auxquelles nous sommes régulièrement confrontées donnent envie de frapper du poing sur la table et de secouer l’un.e ou l’autre récalcitrant.e aux idées de justice et de compassion pour tou.te.s.

La colère peut être à l’origine de notre motivation, mais elle ne doit pas être notre moyen de communication. Selon moi, la justice que nous recherchons pour les animaux (non humains et humains) fera son chemin par la compassion.

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Action de recueillement devant l’abattoir de cochons d’Izegem, Belgique, le 26 septembre 2017.

Et, bien sûr, cela est plus facile à dire qu’à faire, mais avec un peu d’entraînement, rien n’est impossible ! Il est peut-être plus facile de commencer avec un sujet badin et peu important, avant de s’atteler à un sujet aussi sensible (parce qu’il nous tient à cœur et nous révolte) qu’est la souffrance animale.

Notons néanmoins que, malgré une application à la lettre de cette méthode D.E.S.C., si la personne en face de nous ne veut rien entendre, n’a pas la volonté d’entrer dans cette manière de communiquer, cela sera probablement très difficile de lui faire entendre raison. Est-ce là un défaut de la méthode ? On peut le voir sous cet angle, ou on peut le voir sous un autre angle : même avec une autre méthode, tout dialogue avec cette personne serait difficile si celle-ci n’a pas la volonté d’interagir posément et objectivement. Si le changement ne peut pas être amené par notre discours non-violent, il ne peut venir que de la personne elle-même, et quand bien même cela peut prendre beaucoup de temps, nous n’avons pas d’autre choix que de prendre notre mal en patience.

C’est pourquoi, si vous avez eu l’occasion de voir passer nos autocollants et affiches (affiches disponibles ici pour l’impression), nous nous occupons d’utiliser toujours un message non accusateur ni culpabilisant.

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Action collage dans une ville universitaire de Belgique.

NB : Les photos utilisées pour nos affiches et autocollants proviennent de la photographe Jo-Anne McArthur, disponibles sur son site We Animals.

 

Bibliographie

 

Crédits photos : François Gallain.

2 commentaires sur “L’intérêt de la Communication non-violente dans le milieu de défense et de libération des animaux

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